De la zakat et de son rôle dans la solidarité sociale

description de la leçon

La zakat est l’une des recommandations de taille de Dieu. Elle est le 3ème pilier de l’Islam. Elle est toujours citée liée à la prière dans le Coran. Dieu la présente pour des causes nobles, non pour soutirer de l’argent aux serviteurs, mais plutôt, pour purifier leurs biens réconforter les pauvres et fortifier les relations sociales.

Louange à Allah ! Nous Le louons, cherchons secours auprès de Lui et sollicitons son pardon. Nous nous réfugions auprès d’Allah contre nos mauvais penchants et nos mauvaises actions. Quiconque est guidé par Allah, rien ne pourra l’égarer et quiconque est abandonné par Allah, rien ne pourra le guider. Nous attestons qu’il n’y a de divinité qu’Allah sans associé et nous attestons que Mouhammad (PSL) est son serviteur et dernier envoyé à toute l’humanité. Nous sommes reconnaissants à Notre Seigneur qui nous a commandé de donner la zakat afin de nous purifier et de soulager les plus démunis.

Serviteurs d’Allah !

Quiconque lit le Coran se rend compte forcément d’une association récurrente entre la prière et la zakat. Donner une partie de ses biens devient dès lors non pas un simple geste de générosité humaniste mais une partie intégrante de la foi. A l’entame de la sourate 2, donner à autrui est inscrite dans les vertus qui caractérisent le croyant qui veut atteindre la taqwâ : « Alif, Lam, Mim. 2. C'est le Livre au sujet duquel il n'y a aucun doute, c'est un guide pour les pieux. 3. qui croient à l'invisible et accomplissent la Salat et dépensent [dans l'obéissance à Dieu], de ce que Nous leur avons attribué 4. Ceux qui croient à ce qui t'a été descendu (révélé) et à ce qui a été descendu avant toi et qui croient fermement à la vie future. 5. Ceux-là sont sur le bon chemin de leur Seigneur, et ce sont eux qui réussissent (dans cette vie et dans la vie future) ». (S2, V1-5)

A côté de la prière, la zakat reste un invariant commandé aux croyants de toute génération : « Il ne leur a été commandé, cependant, que d'adorer Dieu, Lui vouant un culte exclusif, d'accomplir la Salat et d'acquitter la Zakat. Et voilà la religion de droiture. » (S98, V5)

La zakat comme troisième pilier de la foi islamique, comporte une signification qui ne se comprend qu’en rapport avec la conception islamique de la possession. En effet, dans cette conception, Dieu est le créateur et seul possesseur de tout ce qui existe dans la création : « A Dieu appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Et c'est vers Dieu que toute chose sera ramenée. » (S3, V109)

Dès lors, l’homme n’est qu’un possesseur relatif de biens, il est plutôt un dépositaire comptable devant Allah de la façon dont il s’occupera de ce dépôt : « Croyez en Dieu et en Son Messager, et dépensez de ce dont Il vous a donné la lieutenance. Ceux d'entre vous croient et dépensent [pour la cause de Dieu] auront une grande récompense. » (S57, V7)

Autre indication de cette conception salutaire qui pousse à un rapport modéré avec la possession, c’est l’interdiction de toute forme de gaspillage : « C'est Lui qui a créé les jardins, treillagés et non treillagés; ainsi que les palmiers et la culture aux récoltes diverses; [de même que] l'olive et la grenade, d'espèces semblables et différentes. Mangez de leurs fruits, quand ils en produisent; et acquittez-en les droits le jour de la récolte. Et ne gaspillez point car Il n'aime pas les gaspilleurs. » (S6, V141)

Serviteurs d’Allah !

Nous devons comprendre que les biens dont nous disposons doivent être non pas une source d’aliénation comme c’est souvent le cas, mais un moyen de libération spirituelle et de cohésion sociale. Dans ce cadre, le Coran mentionne un cas d’aliénation en la personne de Qâroun : « En vérité, Coré [Karoun] était du peuple de Moïse mais il était empli de violence envers eux. Nous lui avions donné de trésors dont les clefs pesaient lourd à toute une bande de gens forts. Son peuple lui dit : "Ne te réjouis point. Car Dieu n'aime pas les arrogants. 77. Et recherche à travers ce que Dieu t'a donné, la Demeure dernière. Et n'oublie pas ta part en cette vie. Et sois bienfaisant comme Dieu a été bienfaisant envers toi. Et ne recherche pas la corruption sur terre. Car Dieu n'aime point les corrupteurs". 78. Il dit : "C'est par une science que je possède que ceci m'est venu". Ne savait-il pas qu'avant lui Dieu avait périr des générations supérieures à lui en force et plus riches en biens ? Et les criminels ne seront pas interrogés sur leurs péchés" ! 79. Il sortit à son peuple dans tout son apparat. Ceux que aimaient la vie présente dirent : "Si seulement nous avions comme ce qui a été donné à Coré. Il a été doté, certes, d'une immense fortune". 80. Tandis que ceux auxquels le savoir a été donné dirent : "Malheur à vous ! La récompense de Dieu est meilleure pour celui qui croit et fait le bien". Mais elle ne sera reçue que par ceux qui endurent. 81. Nous fîmes donc que la terre l'engloutît, lui et sa maison. Aucun clan en dehors de Dieu ne fut là pour le secourir, et il ne pût se secourir lui-même. 82. Et ceux qui, la veille, souhaitaient d'être à sa place, se mirent à dire : "Ah ! Il est vrai que Dieu augmente la part de qui Il veut, parmi Ses serviteurs, ou la restreint. Si Dieu ne nous avait pas favorisés, Il nous aurait certainement fait engloutir. Ah ! Il est vrai que ceux qui ne croient pas ne réussissent pas". 83. Cette Demeure dernière, Nous la réservons à ceux qui ne recherchent, ni à s'élever sur terre, ni à y semer ma corruption. Cependant, l'heureuse fin appartient aux pieux. » (S76, V74-84)

La zakat est donc aussi bien une forme de libération de l’emprise carcérale de la matière qu’un levier de cohésion sociale à travers une redistribution des biens. C’est ainsi que le Coran donne à la zakat un objectif de purification : « Prélève de leurs biens une Sadaqa par laquelle tu les purifies et les bénis, et prie pour eux. Ta prière est une quiétude pour eux. Et Dieu est Audient et Omniscient. » (S9, V103)

Ce n’est pas par hasard que les enseignements islamiques fassent de la zakat un moyen de lutte contre les mauvais penchants humains qui se traduisent par un attachement exacerbé aux biens. A plusieurs reprises le Coran fait cas de cette faiblesse humaine : « Quant à l'homme, lorsque son Seigneur l'éprouve en l'honorant et en le comblant de bienfaits, il dit : "Mon Seigneur m'a honoré". 16. Mais par contre, quand Il l'éprouve en lui restreignant sa subsistance, il dit : "Mon Seigneur m'a avili". 17. Mais non ! C'est vous plutôt, qui n'êtes pas généreux envers les orphelins; 18. qui ne vous incitez pas mutuellement à nourrir le pauvre, 19. qui dévorez l'héritage avec une avidité vorace, 20. et aimez les richesses d'un amour sans bornes. » (S89, V15-20)

Dans un autre verset, il est dit : « L'homme est, certes, ingrat envers son Seigneur; 7. et pourtant, il est certes, témoin de cela; 8. et pour l'amour des richesses il est certes ardent. » (S100, V6-8)

et dans un autre «La course aux richesses vous distrait, 2. jusqu'à ce que vous visitiez les tombes. 3. Mais non ! Vous saurez bientôt ! 4. (Encore une fois) ! Vous saurez bientôt ! » (S102, V1-4)

En rapport avec cette propension à l’égoïsme, l’Islam considère que la bonne démarche ne réside pas dans de simples encouragements à la solidarité. Le Coran et les hadiths inscrivent la zakat dans les piliers de la foi. Si on est croyant, on accepte le statut de dépositaire qui cherche à plaire à Dieu à travers une bonne gestion des biens qu’Il a mis à notre disposition. Dans cette optique, dépenser de « ses » biens dans ce que Dieu agrée est une façon de Lui être reconnaissant : « Il vous a accordé de tout ce que vous Lui avez demandé. Et si vous comptiez les bienfaits de Dieu, vous ne sauriez les dénombrer. L'homme est vraiment très injuste, très ingrat. » (S14, V34)

Par contre, c’est faire montre de la pire des avarices que de refuser le partage : « Que ceux qui gardent avec avarice ce que Dieu leur donne par Sa grâce ne comptent point cela comme bon pour eux. Au contraire, c'est mauvais pour eux : au Jour de la Résurrection, on leur attachera autour du cou de qu'ils ont gardé avec avarice. C'est Dieu qui a l'héritage des cieux et de la terre. Et Dieu est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. » (S3, 180)

Ainsi, le Coran fait de la dépense des biens à l’endroit des moins nantis une vertu cardinale des véritables croyants : « Sauf ceux qui pratiquent la Salat 23. qui sont assidu à leurs Salats, 24. et sur les bien desquels il y a un droit bien déterminé [la Zakat] 25. pour le mendiant et le déshérité » (S70, V22-25)

Dans cette perspective, le croyant nanti tient pour vrai que dès qu’il dispose de biens atteignant le minimum imposable (nisâb), il existe une part bien définie qui ne lui appartient plus et qu’il doit donner dans les meilleurs délais à des gens qu’Allah lui a désignés.

C’est donc une preuve de foi que de s’acquitter de la zakat rien que pour Dieu. En effet, le faire, c’est une façon de dire qu’en tant que croyant, j’atteste qu’Allah est le propriétaire absolu, le donateur et j’accepte de soumettre les biens dont je suis l’éphémère dépositaire, à ce qui l’agrée : « Ô vous qui avez cru ! Que ni vos biens ni vos enfants ne vous distraient du rappel de Dieu. Et quiconque fait cela... alors ceux-là seront les perdants. 10. Et dépensez de ce que Nous vous avons octroyé avant que la mort ne vienne à l'un de vous et qu'il dise alors : "Seigneur ! si seulement Tu m'accordais un court délai : je ferais l'aumòne et serais parmi les gens de bien". 11. Dieu cependant n'accorde jamais de délai à une âme dont le terme est arrivé. Et Dieu est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. » (S63, V9-11)

Serviteurs d’Allah !

L’Islam donne tellement d’importance au pilier de la zakat, que l’autorité publique doit prendre les mesures pour la collecter et la faire parvenir aux bénéficiaires. C’est ainsi que l’histoire est témoin de ce haut fait qui est survenu sous la houlette du premier Khalîfah après le prophète, Abu Bakr. En effet, dès après la disparition du sceau des prophètes, certains groupes refusèrent de donner la zakat tout en disant ne pas renier l’Islam. Abu Bakr, en tant que première autorité publique, prit ses responsabilités et mobilisa l’armée pour collecter de force la zakat. En réponse à ceux qui lui reprochaient de sévir contre des déclarés musulmans, il répondit que sa décision était légitime parce qu’il ne comprenait pas une foi islamique qui dissocie la prière de la zakat, et que d’autre part, la zakat appartenait de droit divin, aux démunis. Dans ce cadre, il a considéré qu’il appartenait à l’Etat de défendre ce droit spolié des démunis. Sa déclaration est restée célèbre : « Par Allah ! S’ils refusent de me donner ne serait-ce que la chèvre qu’ils donnaient au Messager d’Allah, je les combattrai pour cela » (Boukhari et Mouslim)

Serviteurs d’Allah !

Les mérites liés à la zakat sont inestimables. Ceux qui donnent la zakat sont inscrits par le Coran dans le groupe des bienheureux : « Bienheureux sont certes les croyants, 2. ceux qui sont humbles dans leur Salat, 3. qui se détournent des futilités, 4. qui s'acquittent de la Zakat » (S23, V1-4)

A quelqu’un qui lui demanda une action qui fait entre son auteur au paradis, le prophète répondit :« Adore Allah sans rien lui associer, acquitte la zakat, entretiens les relations de parenté. » (Boukhari et Mouslim)

Dans un autre hadith, le prophète dit : « Quiconque accomplit ces trois actions a vraiment goûté à la douceur de la foi : Adorer Allah seul en témoignant qu’il n’y a de divinité que Lui et s’acquitter de la zakat de bon gré » (Abou Daoud et Al Bayhaqui)

Par contre, les avares sont sous le coup de reproches redoutables : « Ô vous qui croyez ! Beaucoup de rabbins et de moines dévorent, les biens des gens illégalement et [leur] obstruent le sentier de Dieu. A ceux qui thésaurisent l'or et l'argent et ne les dépensent pas dans le sentier de Dieu, annonce un châtiment douloureux, 35. le jour où (ces trésors) seront portés à l'incandescence dans le feu de l'Enfer et qu'ils en seront cautérisés, front, flancs et dos : voici ce que vous avez thésaurisé pour vous-mêmes. Goûtez de ce que vous thésaurisiez.» (S9, V34-35)

Serviteurs d’Allah !

En pratique, il existe une réglementation précise sur les conditions de la zakat, sa fréquence, la nature des biens concernés, et les bénéficiaires. Les conditions fondamentales sont les suivantes : être propriétaire des biens concernés ; disposer du minimum imposable ; écoulement d’une année lunaire complète étant entendu que pour les produits agricoles, c’est la récolte qui constitue l’échéancier.

La zakat reflète bien la beauté et les enseignements islamiques qui sont le levier d’un mode de vie complet associant le spirituel et le temporel, l’individuel et le social, l’ici-bas et l’au-delà, etc.

Ainsi, la zakat remplit nombre de fonctions toutes aussi importantes les unes que les autres : purifier les biens possédés par le serviteur et les faire bénir par Allah ; protéger le serviteur de toute forme d’avarice et de servitude vis-à-vis des biens ; soutenir les plus démunis et autres nécessiteux ; favoriser la fraternité et la cohésion sociale.

Quant aux possessions concernées par le prélèvement de la zakat, elles ont noms ; l’or, l’argent et les minerais ; le bétail ; les fruits et grains en tenant compte des cas d’irrigation ou non.

Les bénéficiaires sont mentionnés par Allah Lui-même : « Les Sadaqats ne sont destinés que pour les pauvres, les indigents, ceux qui y travaillent, ceux dont les coeurs sont à gagner (à l'Islam), l'affranchissement des jougs, ceux qui sont lourdement endettés, dans le sentier de Dieu, et pour le voyageur (en détresse). C'est un décret de Dieu ! Et Dieu est Omniscient et Sage.» (S9, V60)

Seigneur ! Aide-nous à nous libérer de l’attachement excessif aux biens de ce monde ici-bas.

Seigneur ! Compte-nous parmi Tes serviteurs qui s’acquittent de la zakat rien que pour ton agrément.